En sept lettres

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Je suis client du même club de gym que toi, que je fréquente aux mêmes horaires matinaux.

Je fais toujours la gueule, les sourcils froncés, pour bien marquer que, pour moi, la vie n’est pas facile, qu’elle ne m’épargne rien, que je dois me lever tôt (1), que je suis très occupé, que j’ai une gingivite ou des hémorroïdes.

Je ne dis bonjour à personne, à l’exception des quatre gars à qui je daigne parler et surtout, jamais à toi, quand bien même je vois ta tête toutes les semaines depuis plus de deux ans.

J’arrive dans la salle avec une gueule de bon gros beauf conquérant, bras écartés du corps, narines dilatées, regard sévère et démarche d’ourang outan (dont je suis manifestement un parent plus proche que toi), persuadé d’être doté d’un physique de culturiste admiré de tous (2), toisant toutes les personnes de sexe mâle présentes dans la salle pour voir à qui je vais pouvoir me mesurer, ignorant royalement les femelles (qui n’ont, à mon sens, rien à faire ici).

Je m’installe sur trois appareils de muscu en même temps, faisant croire par là que je pratique un circuit d’entraînement intensif précis alors qu’il s’agit juste d’empêcher l’accès des autres clients à mes appareils, sauf à mes potes (insérer ici un rire gras).

Je prends bien soin d’installer un ban sous le portique à poulies et de l’y laisser pendant une trentaine de minutes alors même que je ne m’en sers pas. Le portique est idéalement placé au milieu de la salle, visible de tous, face aux miroirs, de sorte que tous ces êtres inférieurs que je suis obligé de côtoyer puissent m’admirer.

Afin d’être sûr que les spectateurs ne loupent aucune de mes performances, je prends bien soin d’utiliser des poids légèrement trop lourds pour mes capacités, ce qui me permet de pousser des cris virils à chaque poussée qui « me crame les muscles » (à prononcer avec la voix de Stallone sous stéroïdes mais avec un accent relativement indéfini). Bien sûr, je n’oublie pas de jeter les haltères au sol avec la plus grande force possible afin que tout le monde entende le mâle hétérosexuel conquérant en plein effort (et peu importe que le sol soit défoncé, ce n’est pas mon problème).

Si j’ai décidé de prendre le banc que tu es en train d’utiliser, je le prends, peu importe qu’il y en ai d’autres, c’est le mien (3). De toute façon, je ne te vois pas, tu es transparent, tu n’existes pas (4).

Moi je suis un vrai mec, moi. Je me laisse pas marcher sur les pieds, moi. J’ai pas peur de gueuler sur le type qui est chargé de l’ouverture du centre commercial s’il a une minute de retard sur l’horaire prévu, parce que j’ai pas que ça à faire, moi. Je bosse, moi. Et j’ai pas peur non plus de hurler sur le personnel d’entretien de la salle pendant dix minutes parce que j’aime pas la manière dont ils font le ménage (5). Je sais me faire respecter, moi. Je suis un vrai mec, pas une tapette.

J’ai un micro-pénis (6).

Je suis, je suis… un gros C.O.N.N.A.R.D.

 

1. Comme tous les autres clients qui viennent dès l’ouverture, mais moi c’est pas pareil.
2. NdA : une visite chez l’ophtalmo ne serait pas du luxe.
3. NdA : une haltère de 10 kilos aurait pu lui percuter la mâchoire si l’auteur de ses lignes n’était doté d’un peu plus de neurones que le susdit.
4. Peut-être que si tu m’admirais, je daignerais avoir un minimum de considération à ton égard.
5. NdA : ledit personnel d’entretien n’aurait pas du vider les eaux usées dans la fontaine à eau, c’est un fait, mais ça ne justifie en rien de les agonir d’injures.
6. NdA : l’auteur de ces lignes se livre ici à une pure spéculation, il ne s’est livré à aucune observation lui permettant de confirmer la véracité des propos qu’il soutient.

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2 réflexions sur “En sept lettres

  1. Un bon coup d’haltère là où il faut le ferait redevenir moins présomptueux et surtout il ne chercherait plus à se montrer… ni à parler avec sa voix de castra ^^ Après il y a des moyens moins violents mais plus verbaux de calmer ce monsieur 😀

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