Assemblage

Qui se ressemble s’assemble, dit-on… On pourrait croire qu’à l’ère de la vie 2.0. cet adage a du plomb dans l’aile, que la possibilité qui est offerte à homo connexa 24/7 de s’ouvrir sur le monde en un tapotage de doigt moite sur un écran graisseux est synonyme d’ouverture d’esprit et de métissage, d’envie d’aller vers l’autre, celui qui est différent, pas pareil, un peu plus ou un peu moins grand, noir, bridé ou chevelu, sportif ou bedonnant, valide ou handicapé alors qu’il n’en est rien. Le monde est un village, paraît-il. Nenni. Le monde est toujours ce qu’il a été : un territoire limité sur lequel cohabitent relativement difficilement des êtres humains réunis en tribus plus ou moins conséquentes, plus ou moins bornées, plus ou moins mouvantes, mais dont les frontières restent parfois bien plus hermétiques que ce qu’elles ont pu être dans les siècles qui nous ont précédés (contrairement aux idées reçues, d’ailleurs).

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Foin des histoires de chevaliers qui s’amourachent de bergères naïves, de souillons qui épousent des princes, de l’ouvrier qui fait ami-ami avec l’actionnaire : oublions un instant les exceptions, les exemples destinés à redonner un peu d’espoir à ceux qui n’en ont plus et à tirer quelques larmes aux âmes (trop) sensibles et observons objectivement le comportement de la (très grande, n’en déplaise à certains) majorité d’entre nous malgré les pseudo-efforts qui sont consentis par les politiques de droite et de gauche depuis plusieurs décennies. Quoi qu’il advienne, homo sapiens est inexorablement attiré par son semblable, son autre soi, celui en lequel il se reconnaît ou, à tout le moins, celui qui ne le déroute pas en raison d’une quelconque différence, que celle-ci soit visible et identifiée ou tout simplement induite par une vision de l’ordre du monde qui déforme nécessairement la réalité parce qu’elle passe par un prisme culturel qui donne à notre regard une orientation différente de celle que pourra avoir un autre.

Ce comportement n’est ni bon ni mauvais dans la mesure où il n’est qu’humain. C’est normal d’aller vers ses semblables parce que c’est rassurant et que l’être humain a besoin d’être rassuré. Bien sûr, on peut toujours répondre que les réseaux sociaux permettent un décloisonnement social en ce qu’ils permettent d’être dans une unité de temps et de lieu qui fait fi des barrières habituelles que sont (pour ne citer que celles-ci) le milieu et le quartier. Bien sûr que la bergère peut causer avec le prince qui lui-même échange avec l’ouvrier qui peut espérer draguer autre chose que la souillon qui, elle, entretient avec l’actionnaire une relation e-épistolaire suivie pendant que celui-ci débat ardemment avec le chevalier. Bien sûr qu’il y aura toujours de jolies historiettes qui redonneront foi en une humanité dont on voudrait qu’elle ne fasse qu’un lorsque les inégalités quelles qu’elles soient font que c’est absolument impossible. Bien sûr que les frontières peuvent être mouvantes et qu’il n’est de mur que l’on ne puisse abattre. Mais dans la pratique, dans la vraie vie, dans le quotidien de la majorité d’entre-nous, les frontières sont là, plus ou moins identifiées et visibles, mais bien présentes. Dans le meilleur des cas, elles ne dérangent pas plus que ça et n’empêche pas de vivre en bonne entente. Dans le pire des cas, elles empêchent de se comprendre et peuvent avoir les pires conséquences qu’un conflit humain peut générer. Et je ne te parle pas là que de milieu ou de quartier mais aussi de conviction politique, d’opinion philosophique, de croyance religieuse, d’orientation sexuelle, de valeur morale, chacun de ces facteurs se cumulant aux autres pour former les individus que nous sommes, enrichis de notre propre histoire familiale et personnelle qui nous rend unique.

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Être unique, c’est nécessairement être différent de l’autre. Et la différence effraie parce qu’elle exclue. Alors pour ne pas être exclu, on se cherche et on se trouve entre individus qui se ressemblent, de près ou de loin. Et on s’assemble.


P.S. : j’ai écris cet article il y a trois ans, je viens de le retrouver dans mes brouillons. J’ignore totalement pourquoi je ne l’avais pas publié…

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3 réflexions sur “Assemblage

  1. Écrit il y a trois ans, mais au combien actuel! Il le sappe le moral toutefois 😦 ; car j’aimerais tant qu’on puisse s’assembler sans forcément se ressembler, faisant ainsi fi de nos différences…

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