Mobile

C’est à la « faveur » (*ironie inside*) d’un bête accident (comme si un accident pouvait être intelligent), une mauvaise chute (comme si une chute pouvait être bonne…), que je me retrouve depuis deux semaines dans la peau d’une personne à mobilité réduite.

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Un fauteuil, une poussette (car je te rappelle que les conducteurs-trices de poussettes sont de facto des personnes à mobilité réduite), des béquilles ou une canne, ça se voit. Mais une difficulté à se déplacer sans aide matérielle, ce n’est pas visible. Et ce qui n’est pas visible n’existe pas pour l’être humain.

Parce que vois-tu, l’homo sapiens moderne, celui qui vit dans un pays riche donne l’impression de se préoccuper de son prochain, en particulier (puisque c’est celui qui nous intéresse présentement), de celui dont la mobilité est réduite, à coup de beaux discours qui n’engage à rien, de coûteuses campagnes publicitaires à l’efficacité parfois discutable, d’aménagements urbains pas toujours très bien pensés et d’une règlementation non appliquée alors que le cœur du problème ne vient pas de la Loi, ni de ce qui est fait ou pas fait mais d’homo sapiens lui-même.

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Parce que, honnêtement, l’être humain lambda, le vulgum pecus, le péquin moyen, celui que l’on regroupe collectivement sous le vocable de « gens » autrement dit l’autre, parce que bien sûr, le problème, c’est toujours l’autre, celui-là, bref, lui, elle, eux se CONTREFOUTENT royalement de celui qui a du mal à se déplacer. Surtout lorsque le handicap ou la difficulté ne se voit pas de prime abord. Et vas-y que je file un coup de sac bien senti dans les côtes parce que tu n’avances pas assez vite dans les escaliers du métro bondé aux heures de pointe ; vas-y que je te double d’un pas rapide en soupirant pour bien souligner mon exaspération quand je ne te jette pas un regard torve ; vas-y que je te vois arriver claudiquant depuis suffisamment longtemps pour entraîner une réaction dans mon cerveau de poulpe abruti par des heures passées devant la télévision mais que pour autant, je ne pousse pas mon gros cul de ton passage, t’obligeant à faire un détour autour de ma graisse de connasse alors que le moindre pas t’es pénible ; vas-y que je te regarde de travers parce que tu oses emprunter un ascenseur qui semble réservé aux mères de familles et aux vieilles biques grosses et moches…

Et que dire des aménagements urbains qui constituent subitement une entrave parce que les travaux ont été bâclés ou réalisés en dépit du bon sens (parce qu’un revêtement pas parfaitement plat ou une plaque d’égout mal fixée, ça paraît anodin mais ça ne l’est pas lorsque qu’on ne peut pas lever le pied comme tout le monde) ? Que dire de ces passages piétons dont la durée du feu est calibrée sur le dernier record mondial du 100 mètres ? Que dire de ces connards d’enfoirés d’automobilistes qui se garent sur ces mêmes passages piétons (quand ce n’est pas carrément sur les trottoirs) ? Et je ne parle pas de tous ces gens qui ne font aucun effort pour simplement faire attention à l’autre.

Je mentirais si je disais qu’il ne m’arrive pas parfois de râler parce que la petite vieille devant moi avance à la vitesse d’un gastéropode arthritique ou parce que la morue à poussette m’emmerde en prenant tout le trottoir. Les gens qui ne vont pas à la bonne vitesse à l’instant T m’agacent à chaque fois que je suis confronté à eux. Peut-être certains d’entre-eux sont-ils simplement plus lents que la moyenne mais peut-être aussi d’autres sont-ils atteints d’une difficulté pour se déplacer. Visible ou pas. Temporaire ou pas.

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Par chance, mon handicap à moi est temporaire et j’espère que j’aurai retrouvé toute la mobilité de mon genou dans quelques jours. Mais les obstacles en tout genre, eux, n’ont pas fini d’être à chaque coin de rue. Malheureusement. Et ça, ça n’a pas fini de me faire râler.

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11 réflexions sur “Mobile

  1. Je croyais que tu parlais d’un autre handicap (tu devrais convertir en pieds et pouces : ca fait bien plus impressionnant qu’en mètre) et je me demandais en quoi il affectait ta mobilité (alors qu’au contraire il devrait te permettre de te faufiler un peu partout). Me voilà rassuré…

  2. J’aurais pu écrire ce billet.
    J’ai vécu ça pendant plusieurs mois l’année dernière. Chaque endroit du centre-ville, chaque mobilier urbain, chaque situation vécue seul ou entouré de « gens » était une épreuve ! Mais heureusement pour ma part, j’ai eu ce « souci » en période encore « estivale » donc je pouvais encore bien faire voir aux autres que non, non, je ne simulais pas une quelconque infirmité ! Et que s’ils souhaitaient en voir plus, mon attelle et ma cicatrice (cette dernière assez longue en plus) pouvaient servir de témoin !
    Maintenant il est vrai que l’attitude des gens ne changera pas du jour au lendemain sauf s’ils étaient confrontés à ce genre de handicap. Devoir se mettre à la place d’une personne non-valide ou à moitié justement vous remet vite les idées en place !
    Courage et prompt rétablissement surtout 😉
    Eh mais… mais… j’ai cru déceler un « soupçon » de râlerie dans ton billet ^^ !! You’re back !!! 🙂

  3. Tiens, d’un côté tu comprends ce que je vis au quotidien avec mon handicape visuel même si c’est pas le même domaine 🙂
    #Hugs mon grand :-*

    PS : Sinon depuis jeudi je n’arrive plus à lever mes deux bras 😀

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