Angry birds

angry-bird

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le réseau social à l’oiseau bleu ne peut laisser indifférent ses utilisateurs, tant les interactions qu’il provoque sont promptes à susciter des émotions aussi diverses qu’excessives parfois.

S’exprimer en cent quarante caractères est un défi que l’on parvient à relever au prix de contorsions linguistico-grammaticales qui limitent nécessairement le message, conduisant celui-ci à être raccourci, simplifié voire parfois même amputé de ce qui fait sa substance. Ce medium rend donc les conversations parfois acrobatiques tant certaines informations sont difficiles à retranscrire en si peu de signes, difficulté amplifiée lorsque d’autres joyeux gazouilleurs viennent participer aux échanges, ces derniers finissant rapidement par devenir un brouillamini informe de mots dont plus aucun des participants (et je ne parle même pas des spectateurs silencieux) ne comprend rien.

Je l’avoue, je prends bien souvent plaisir à être ce spectateur silencieux, témoin de certaines dérives qui, bien souvent je dois l’admettre, sont plutôt drôles. C’est pour ça que j’aime Twitter, pour ce qu’il permet d’échanges improbables et désordonnés, où plus aucune hiérarchie de l’information ne prévaut et pour le joyeux tintamarre bordélique dans lequel cela finit bien souvent. Et si j’aime ça, c’est bien parce que dans la vraie vie c’est précisément ce que je trouve insupportable.

C’est comme ça, Twitter. C’est un monde parallèle dont on peut croire qu’il n’est peuplé que de Bisounours mais qui se révèle être beaucoup plus terre à terre, beaucoup plus réel, comme la vraie vie, avec ses cons, ses emmerdeurs, ses pénibles-qui-ne-font-rien-qu’à-râler-tout-le-temps, ses rabat-joie, ses contradicteurs permanents dont le seul plaisir dans la vie est de manifester leur désaccord envers leur interlocuteur… Fort heureusement, et sans ça, cela n’aurait aucun intérêt, on y croise des personnalités attachantes (attachiantes, parfois aussi), hautes en couleur, drôles, intelligentes et la tentation est parfois grande d’aller au-delà de l’interface pour plonger dans la réalité d’une rencontre en chair et en os. Il y a des amitiés réelles et profondes qui sont nées de ces rencontres (les personnes concernées se reconnaîtront, inutile d’en faire étalage), parfois simplement de très beaux moments partagés (dont on espère qu’il seront suivis d’autres pour certains).

Et parce que la vie ne se passe pas le cul vautré sur un nuage aussi rose et sucré que doux et confortable, il y a eu des rencontres moins plaisantes, dont le degré de déplaisir va jusqu’à une certaine amertume, de celles qu’un aliment âcre peut laisser en bouche. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un fait, mais force est de constater que certains comportements sont déroutants tant la relation peut passer d’un extrême à l’autre une fois que la rencontre a eu lieu. Comment ne pas être un tantinet surpris de voir des échanges réguliers, pour ne pas dire quotidiens, faits de propos bien souvent empreints de gentillesse et de bienveillance, subitement remplacés par le silence radio le plus total alors même que rien dans la rencontre ne pouvait laisser penser qu’il y ait eu le moindre souci ? Que penser de voir les mêmes faire preuve d’une souplesse rare pour poursuivre les échanges avec certains en tentant (vainement) de se montrer discret aux yeux de ceux à qui ils ont tourné le dos d’autant plus brutalement que les propos échangés peu de temps avant laissaient envisager un autre dénouement ? S’imaginent-ils donc un seul instant que je ne me rende compte de rien ? Je n’ai peut-être guère de qualités, mais rares sont les choses me concernant qui peuvent m’échapper. Pour autant, ce n’est pas parce que je leur consacre ici un paragraphe entier que je leur accorde plus d’importance que ce qu’ils méritent. J’ai passé l’âge des comportements de collégien, moi.

Il est bon parfois, de prendre un peu de recul vis-à-vis de ce microcosme à plumes dont le fonctionnement intrinsèque génère un effet grossissant sur des propos qui, bien souvent, n’ont pas l’importance que l’on leur accorde. La concentration et le vase un peu plus clos que ce qu’on pourrait croire de prime abord conduisent à la même démesure que celle qui consisterait à utiliser Hubble pour observer une colonie de fourmis. C’est la raison pour laquelle je ne réagis pas aux propos malveillants (qu’ils le soient vraiment ou en apparence seulement). D’abord parce que je n’aime pas les conflits, a fortiori les conflits ouverts, ensuite parce que je n’en vois strictement pas l’utilité dans ma vie, en dehors de me faire perdre mon temps. Sans compter que personne n’est à l’abri d’une mésinterprétation d’un propos par nature tronqué et parcellaire…

C’est la raison pour laquelle, aussi, je ne prête pas attention à ceux qui se tapent l’incruste dans les conversations sans toujours être ni drôles ni pertinents. Tout comme je fais mine de ne pas voir ceux qui semblent être en compétition avec moi dans une étrange course à l’abonné dont le but m’échappe. Que l’on aille suivre untel qui échange avec l’un de ses contacts, c’est l’essence même de Twitter. Mais que cela devienne systématique, ça en devient étrange. Et un peu pénible aussi, tant on finit par se sentir épié et qu’on a le sentiment de ne plus pouvoir tweeter en paix.

Ce sont ces raisons qui font que je prends parfois un peu de distance avec les cuicuis. Lorsque j’ai le sentiment d’être revenu, à mon corps défendant, dans une cour d’école avec les groupes qui se forment et les messes basses, lorsque je me sens blessé directement ou indirectement par des propos ou des actes qui, quand on y réfléchit bien, ne sont pas si graves que ça, lorsque je me sens mis à l’écart, lorsque je suis touché plus que de mesure, c’est qu’il est temps de prendre un peu le large.

Cette fois-ci, je me suis accordé une puérilité un rien égocentrique, dont je ne suis pourtant pas coutumier. J’ai voulu faire un test, pour voir. Voir combien de temps il faudrait à ceux avec qui j’échange le plus souvent pour qu’ils se rendent compte de mon absence et pour qu’ils s’enquièrent des raisons de celle-ci.

behind

J’ai vu…

Publicités

11 réflexions sur “Angry birds

  1. Par rapport à ton premier paragraphe… ou au tout début de l’article, je tilte bien souvent sur cette satanée limitation de 140 caractères. Difficile il est vrai de bien se faire comprendre parfois, sans risquer de faire mal passer le message, d’autant plus qu’on n’a pas la personne en face de soi, ce qui est quand même le plus haut niveau d’échange : la voix, le message, le non verbal, l’émotion…

    La communication électronique ça a du bon, mais elle a ses dangers et ses limites.

    • En même temps, quand on y réfléchit, Twitter n’a pas vraiment été développé pour servir de boudoir électronique… Ce sont les utilisateurs qui en ont fait un gigantesque blabladrome. Mais je te rejoins sur le fait que le non verbal est tout aussi important que le verbal et que ça manque cruellement…

  2. Personnellement j’avais remarqué ton absence plus marquée que d’habitude de la twittosphère. Ayant lu ton billet sur ton changement d’avenir professionnel en cours, je me suis dit : « il n’a plus trop le loisir de s’y connecter du fait de son emploi du temps ». Chose normale en somme. Le boulot prime souvent sur le reste… Maintenant il est vrai que chez l’oiseau bleu, le dire en 140 caractères est possible ms ça n’aurait peut-être pas le même impact qu’ici avec un billet de blog.
    De mon côté, comme beaucoup ont peut-être du le remarquer, je n’y suis plus trop non plus. Avoir la tête dans le guidon dans mon boulot fait beaucoup. Une absence de quelques mois se prépare pour moi et, conscience professionnelle oblige, j’ai envie de partir en ayant fini le plus de tâches possibles. Tâches qui risqueraient d’être bâclées ou non faites par mon (hypothétique ?) remplaçant. Enfin bref… J’espère en tout cas que le comportement de certains sur la twittosphère ne te decouragera pas d’y retourner. Notre « maître râleur professionnel » nous manquerait sinon 😉

    • Hé bien disons que je vais m’efforcer de relativiser et de regarder tout ça de trèèèèèès loin. Mais ça n’a pas finit de me gaver, je le sens.

      Du nouveau du côté du boulot (le tien) ? Va falloir nous en dire plus ! 😉

      • Ne t’inquiète pas pour ça, j’en dirais sûrement bientôt bien plus… Et le mois d’août me donnera également (je le sens bien venir de ce côté-ci) de la matière pour en parler. Là, on va dire qu’avec la tête dans le guidon (en plus de la chaleur) depuis plusieurs semaines, je ne peux pas trop me poser tranquillement pour écrire un billet ou deux… *teasing*

  3. Merci. Ton billet vient de me montrer que je ne suis pas le seul à être affecté par le comportement de certains twittos. Avec ou sans rencontre, il est difficile de savoir qui joue, qui est vrai, qui est sur twitter comme « irl ». C’est pesant parfois de se rendre compte que 99% de tout ça est et reste (restera?) du virtuel. C’est dommage quand on est franc et qu’on s’investit (ou alors qu’on se sent investi…). Probablement une question d’égo, de « moi » et de « sur-moi ». Super billet en tout cas…

    • Malheureusement, dès lors qu’on est coupé du face à face il ne reste que les mots et le poids qu’on leur accorde. Ça ne rend la communication que plus difficile, surtout quand il manque une grille de lecture ou une mise en contexte…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s