Huit

C’était un lundi comme les autres qui ponctuait un week-end aussi banal que les autres. J’avais passé ma soirée du samedi sur un site de rencontre pour garçons qui cherchent d’autres garçons et dont j’ai oublié le nom. Après avoir patiemment épluché les profils, deux avaient suffisamment retenu mon attention pour que j’envoie un message. Je n’aime guère faire le premier pas, mais la vie m’a prouvé que ça me réussissait mieux que d’attendre que l’on vienne vers moi. Le dimanche s’était déroulé sans doute mollement, un peu morose, un peu gris, comme la plupart des autres dimanches de cette période de ma vie.

C’est en arrivant le lundi matin au bureau que j’ai trouvé son message qui disait quelque chose comme “je suis sur Lyon aujourd’hui, on peut se voir si tu veux”. Quelques échanges plus tard, me voilà avec un rendez-vous fixé vers midi place Bellecour. Je ne me fais guère d’illusions. Mon précédent rendez-vous m’a laissé un goût un peu amer et celui-ci devrait être rapidement expédié autour d’un café. Pour moi il n’y a pas d’enjeu.

Je passe la matinée un peu déconnecté de la réalité du monde qui m’entoure, imaginant, comme à chaque fois, ce que pourrait être cette rencontre. Cette phase qui précède la rencontre, celle où l’on imagine tous les possibles est celle que je préfère, avec le recul. Parce que c’est l’esprit qui a la main, pas la réalité. Mes heures de travail seront néanmoins marquées par un événement qui fera date. Ce jour-là, au détour d’une conversation houleuse avec ma directrice de l’époque, le délégué du personnel que j’étais alors l’a poussée dans ses derniers retranchements au point de la faire pleurer. Je n’en ai jamais éprouvé la moindre gloire. Malgré tout, cet instant reste gravé dans ma mémoire.

Midi. Je me dépêche de partir. Le rendez-vous est fixé au pied de la statue de Louis XIV, point de rendez-vous de tous les Lyonnais qui rend le lieu parfois très peuplé. Je suis en avance, comme à mon habitude. Je me souviens vaguement de la photo de son profil, ce qui ne m’empêche pas de le repérer de loin. Passées les salutations d’usage, nous nous dirigeons vers le café le plus proche et nous attablons dans une salle particulièrement bruyante. A vrai dire, le bruit n’est rapidement plus un problème. Nous parlons, parlons, parlons encore, de tout et de rien, de rien d’important surtout, comme si nous nous connaissions depuis des lustres.

Le temps file à toute vitesse et il est déjà l’heure pour moi de retourner au bureau. Nous rejoignons le centre de la place pour nous séparer et au moment où nous nous faisons une bise, j’ai le sentiment profond, intense, prenant que quelque chose est en train de se passer. Je crois voir des nuages violets obscurcir le ciel et déclencher le tonnerre. Mon cœur marque un temps d’arrêt avant de se mettre à battre un peu plus fort. Ce n’est qu’au bout de quelques mètres, alors que j’ai repris ma route, que je pressens que je viens d’être frappé par ce que je croyais être une légende pour midinettes un peu niaises.

Le coup de foudre existe, je l’ai rencontré.

Quelques Plusieurs SMS seront échangés par la suite, plusieurs beaucoup d’heures seront passées sur MSN, des jours interminables se seront écoulés, j’aurais même pris un an de plus avant que l’on ne se revoit le lundi suivant. Pour ne plus jamais se quitter.

C’était le lundi 23 février 2004. C’était il y a huit ans jour pour jour, heure pour heure.

D’un monde à l’autre

C’était il y a un siècle, or so. Je ne saurais dire à quel moment ils prirent la décision de tout quitter, tout abandonner, leur terre, leur maison, leur famille, leurs amis, leur pays, leurs racines, un continent pour un autre. S’agit-il d’un choix libre et éclairé lorsqu’on est poussé par la faim ? Quel choix eurent-ils lorsque les ressources vinrent à manquer pour nourrir toute la famille (nombreuse) ?

La moitié de la fratrie partit. J’imagine que les six frères et sœurs n’emmenèrent avec eux que le strict minimum. Que peut-on bien vouloir prendre avec soi lorsqu’on n’a presque rien et que l’on ignore tout de là où l’on se rend, que l’on ignore quand on reviendra, si l’on revient un jour…

Il leur fallut d’abord se rendre à la gare la plus proche, puis de là rejoindre Paris via Lyon et enfin, le Havre avant d’embarquer sur le transatlantique. J’en ignore tout, alors je ne peux qu’imaginer le voyage inconfortable et interminable. Le découragement et l’abattement qu’ils ont nécessairement ressenti et la force du désespoir qui les a fait tenir, envers et contre tout. Virent ensuite les deux semaines de traversée pour rejoindre New York. Une émission diffusée il y a peu sur Arte racontait le parcours éprouvant de l’émigrant à son arrivée sur le sol américain et pour la première fois, j’ai réellement pris conscience de ce qu’ils avaient vécu mais qu’ils n’ont manifestement jamais raconté…

Comme si la côte Est n’était pas assez, ils durent encore traverser tout le pays pour aller s’installer là où les attendaient les premiers partis de leur vallée natale. San Francisco ou l’eldorado, l’éden pour lequel ils avaient enduré quatre semaines de voyage vers l’inconnu.

De leur installation, de leurs premiers mois, de leur découverte de ce pays, de son climat et de sa langue dont ils ignoraient tout, je ne sais rien ou presque. Il me faut encore lire les quelques courriers reçus à cette époque par ceux qui sont restés. De ce qui m’a été raconté, je sais que tous sauf un se sont installés, mariés (avec d’autres pays, natifs du village voisin) et ont fondé une nouvelle branche, une nouvelle dynastie, une nouvelle histoire, transmettant à leurs enfants leur langue et tout ce qui faisait leur identité.

Partis dans l’idée de s’enrichir, ils n’eurent en définitive qu’une vie, somme toute modeste, mais finalement meilleure que celle qu’ils avaient quittée. Surtout, bien plus confortable. Et décalée. L’un d’entre-eux revint tel qu’il était parti et reprit sa vie de berger. De ceux qui sont restés de l’autre côté, quelques-uns revinrent visiter leur famille dans les années cinquante. Contraste saisissant entre ces femmes encore paysannes, la terre collée aux chaussures, les blouses grises et les Américaines, aux robes chamarrées et pleines de couleurs, aux lunettes “papillon” aux formes extravagantes qui ont tellement marqué ma mère, alors enfant.

Ces six-là étaient les oncles et tantes de ma grand-mère maternelle. Elle n’était pas née à leur départ, elle ne les rencontra qu’à la trentaine, ces personnes si proches sur l’arbre généalogique et si éloignées géographiquement. Leurs petits-enfants et arrières vivent toujours en Californie, la plupart totalement déconnectés de leurs racines ancrées dans un petit village d’une vallée alpine.

Dans neuf mois, Monsieur Mon Homme et moi devrions faire le même voyage, dans des conditions cependant beaucoup plus confortables. J’ignore si je prendrais contact avec l’un de mes lointains cousins, dont certains m’ont vu alors que je n’avais que cinq ou six ans (et dont mes souvenirs sont confus mais présents). Mais je suis assez impatient à l’idée de me connecter à cette partie-là de mon histoire familiale.

Une histoire de tag

Les chaînes sont au blogueur ce que la gastro-entérite est à l’hiver : un marronnier qui revient avec la même implacable régularité que les rediffusions estivales d’Angélique gendarme de l’impératrice.

Cette fois-ci, c’est Flavien qui m’a taggé et c’est de bonne grâce que je me plie à l’exercice parce que c’est un garçon gentil.

Si j’ai tout bien compris, je dois d’abord mentionner les règles, que voici :

  1. Publier les règles (c’est fait)
  2. Répondre aux 11 questions du tagueur
  3. Lister onze blogueurs, avec lien et caractéristique 
  4. Poser nos 11 questions aux tagués 
  5. Les prévenir.

Sauf que je n’aime pas toujours faire comme tout le monde. Et puis les règles étant faites pour être contournées (sinon, je ne serais pas français), je décide de désengager les onzes victimes blogueurs que j’aurais pu désigner, sachant que j’aurais bien été en peine de le faire considérant que la plupart de ceux qui je lis avec plus ou moins de régularité sont déjà dans la chaîne. Celle-ci s’arrêtera donc ici.

1. Que serait pour toi un monde sans électronique ?

Un monde de frustrations (que j’aurais certainement trouvé à assouvir par d’autres moyens).

2. Tu prends ta douche le matin ou le soir ? 

Le matin, invariablement, trois cent soixante-cinq jours par an et le soir en plus selon la journée que j’ai passée.

3. A quelle personne célèbre aurais tu aimé dire Papa, ou Maman,
ou Mon Enfant ? 

Aucune. Je n’ai pas envie d’imaginer avoir d’autres parents. Et je ne vois pas qui je pourrais rêver avoir comme fils ou fille.

4. Tu crois que Madonna, Lady Gaga et Jeanne Mas sont has-been ? 

Oui.

5. Si tu devais obligatoirement habiter à la campagne, quelle région de l’univers, de la terre, ou de la France choisirais tu ? Pourquoi ? 

Le Périgord ou le Val de Loire (mais je n’ai pas encore parcouru suffisamment de terres pour arrêter ma décision tout de suite), parce que je n’aime pas l’idée d’une campagne totalement désertique. Et tant qu’à faire, autant choisir une région où l’on mange et boit bien.

6. Que ferais-tu de ton gain au loto?

Si c’est un petit montant, je m’offre un cadeau, un week-end ou un voyage. Si c’est un gros montant, ça dépend à quel point il est gros : acheter notre appartement, un hôtel particulier ou un palais… Et un jet privé pour voyager. Oui, je suis vénal, je sais.

7. Quelle qualité préfères-tu chez ceux que tu aimes ?

J’aime personne, t’es pas au courant ?

Plus sérieusement, l’observation des gens que j’aime montre des personnalités tellement différentes qu’il n’y a pas une qualité en particulier. Le fait qu’ils me supportent, c’est déjà bien, non ?

8. Qu’est-ce que tu vas faire là, juste après?

Finir de regarder le navet télévisuel de ce soir, si tant est que la box se décide à fonctionner de nouveau…

Tiens c’est bizarre, ça ne fait pas onze…

Cure

L’envie m’a pris ce matin. Pas d’événement particulier, pas de fait majeur, même pas de raison subite qui ferait que cette idée s’est muée en ferme intention jusqu’à aboutir à une décision. Pas de cause, donc, mais une volonté. Réelle celle-ci. L’envie de voir ce que ça pourrait donner, si cela changerait quelque chose à mon quotidien.

D’autres l’ont fait avant moi et je n’ai aucunement la prétention d’être innovant en quoi que ce soit. Je le fais pour moi, pas pour autrui. Je ne suis aucun courant de pensée, aucune mode ni aucun dogme. L’expérience me tente surtout pour ce qu’elle me dira de moi. Si tant est qu’elle dise quoi que ce soit.

Ce matin, donc, j’ai décidé de faire une cure d’une semaine. Sept jours durant lesquels je vais rompre avec une habitude tellement ancrée dans mon quotidien qu’elle en est devenue mécanique au point de perdre tout intérêt à mesure qu’elle est de plus en plus chronophage.

Pendant une semaine, je me mets en vacances des réseaux sociaux. Exit donc Twitter, Facebook et consorts. Point de tweet, de like, de mention ni de hashtag. J’ignore combien de temps j’y passe quotidiennement mais je sais que c’est beaucoup (trop ?). Et j’ai envie de voir à quoi pourrait ressembler mon temps de travail (ne le nions pas) et mon temps libre sans cette tentation permanente d’aller consulter les dernières vacuités de tout ce petit monde dont je suis l’actualité et sans aller y ajouter ma propre vacuité. Loin de moi l’idée de condamner ce qui est dit au fil des statuts et des tweets. Je ne suis pas inscrit sur ces réseaux pour l’intelligence et la profondeur des idées qui y sont véhiculées. Ca, c’est barbant. Au contraire, la légèreté de ce que j’y vois m’amuse, me distrait et, disons le carrément, me plaît aussi, dans ce qu’elle peut révéler (sans être naïf) des personnages que j’y croise.

Je ne me fixe pas d’autre objectif que de m’observer moi-même puisque je n’observerai plus les autres. Je suis curieux de savoir ce que je vais bien pouvoir faire de tout ce temps nouveau et comment je vais occuper ces moments d’ennui durant lesquels les gazouillis sont une source de distraction indéniable.

Je suis aussi curieux de savoir ce que je vais y perdre, si tant est que j’y perde quoi que ce soit. Ceux qui ont des choses à me dire ont, de toute façon, les moyens de communiquer avec moi par d’autres biais et vice-versa. Je n’ai pas pour ambition de mener une profonde étude sociologico-psychologique sur l’utilité / l’importance / la légèreté des réseaux sociaux, d’autres l’ont fait et le feront bien mieux que moi. Je conduis l’expérience pour moi seul. Juste pour voir.

Portraits de co-détenus : Tartarine de Tarasconne

Si je devais définir Tartarine en un seul mot ce serait illogique mais je ne résiste pas au plaisir de lister tous les synonymes de ce qualificatif tant chacun trouve une illustration précise dans sa vie de tous les jours. Aberrante, absurde, alogique, anormale, antilogique, antirationnelle, bancale, contradictoire, décousue, démente, déraisonnable, fausse, incohérente, inconséquente, invraisemblable, irrationnelle, malavisée, paradoxale, sotte, stupide sont autant d’adjectifs qui lui vont comme un gant. A ceux-là, je me dois d’ajouter angoissée, paniquée, stressée et totalement désorganisée dans ses (vaines) tentatives d’organisation. Et bestiasse aussi, comme on dit par chez moi, parce que franchement, elle en tient une sacrée couche !

Tartarine a pour elle d’être sympa et plutôt marrante, malheureusement à ses dépends. Tenir une conversation sérieuse avec elle devient un véritable challenge dès lors que l’on doit théoriser ou conceptualiser, exercice auquel elle n’est bien souvent absolument pas capable de se plier, faute d’être pourvue des aptitudes intellectuelles nécessaires. La faute aussi à son sens inné de la complication (de préférence inutile). On ne peut pas lui reprocher de ne pas essayer de comprendre mais dans sa volonté de bien faire, elle préfère prendre pour acquis la première information enregistrée (sans la vérifier au préalable) et la tenir pour vérité fondamentale plutôt que de creuser le sujet et revenir sur ce qu’elle sait ou croit savoir.

Travailler avec elle nécessite de mettre en oeuvre tout un tas de stratagèmes savants pour parvenir à lui faire comprendre, de la manière la plus simple et rapide possible, ce que l’on veut lui faire savoir. Il faut bien évidemment composer avec d’autres paramètres incompressibles que sont son obsession du temps, dont elle ne dispose jamais, sa capacité très limitée de concentration et sa terreur de tout ce qui est “technique” ce qui, dans son esprit, couvre un spectre tellement large qu’il en est presque universel, le simple fonctionnement d’un téléphone compris.

Ajoute à cela une lourde incapacité de gestion du stress et une absence totale de résistance à la pression, qui ont pour conséquence, face à la moindre difficulté, de la tétaniser tel le lapin pris dans les phares d’une voiture sur une obscure route de campagne et le portrait est achevé.

Tartarine est longtemps passée pour quelqu’un d’extrêmement organisé et rigoureux jusqu’au jour où, à la faveur d’une fausse promotion, elle a transféré ses missions et ses dossiers à une collègue qui a découvert à ses dépends le gouffre bordélique et totalement désorganisé qui constituent la réalité de son travail de ces dix dernières années.

Depuis qu’elle a pris des responsabilités de cadre (sans en avoir ni le statut, ni le salaire), sa seule préoccupation est la gestion du temps, tâche à laquelle elle se consacre presque exclusivement lorsqu’elle n’est pas en réunion. Mais en dépit de sa gestion obsessionnelle des plannings (les siens et ceux de ses sous-fifres qu’elle n’hésite pas à faire actualiser quotidiennement), la moindre demande qui lui est faite se voit toujours refusée au motif qu’elle n’a pas le temps.

Elle n’a peut-être pas le temps de faire son travail, mais travailler avec elle nous en fait toujours perdre beaucoup plus que prévu, j’en avais déjà parlé ici.

J’aurais aussi pu parler de sa blonditude, mais c’eut été trop facile…

Rencontre poilue

Aujourd’hui, c’est un événement aussi inopiné qu’impromptu qui est venu apporter sa dose d’adrénaline.

Le destin m’a offert la chance de croiser la route d’un très beau spécimen, velu tout comme il faut, mignon à souhait et, pour ne rien gâcher, de petite taille et, surtout, doté d’un appendice caudal d’une longueur propre à faire rougir même les mieux dotés.

Alors que j’attendais que mon café daigne refroidir, tentant de meubler une conversation de déjeuner entre collègues qui ronronnait un peu, le bruit de pas précipités dans les escaliers qui mènent à notre salle de pause a attiré mon attention. C’est au moment où j’allais faire une remarque moqueuse (comme à mon habitude) sur l’absence totale de grâce et de féminité de l’hippopotame qui venait de monter à l’étage, que la doyenne de mes collègues a brutalement ouvert la porte en hurlant que dans l’entrée de nos bureaux, se trouvait… un rat. Énorme, bien entendu.

Sur le papier, c’est le genre d’animal qui ne me dérange pas. J’éprouve une véritable terreur pour les animaux à huit pattes et les vertébrés rampants, mais pas pour les rongeurs, fussent-ils de mauvaise réputation. Pour autant, je ne me suis pas précipité et ai laissé mon collègue descendre courageusement à l’assaut de la bête sauvage, armé d’un balai. C’est en entendant leurs cris stridents que je me suis armé de tout le courage dont j’étais capable pour aller m’assurer moi-même de la situation.

Il m’a fallu un petit moment pour l’apercevoir, tant rattus norvegicus était petit et tellement blotti dans une encoignure qu’il en était presque invisible. À vrai dire, s’il n’avait pas bougé, je l’aurai aisément pris pour un tas de poussière, témoignant que le ménage n’est pas toujours fait dans les coins.

Pas téméraire pour deux sous, je suis resté sur les premières marches de l’escalier pour observer mes collègues déployer des trésors d’ingéniosité dans leurs attaques totalement improbables allant du maniement du balai pour tenter de le déloger à l’aspersion de la bestiole avec tout un tas de produits (inoffensifs, je précise) dont le seul but était de l’effrayer (manifestement, il en a vu d’autres), en passant par une tentative (vaine) de l’appâter vers la sortie au moyen de parmesan périmé trouvé dans le frigo (et passé, pour une raison qui m’échappe encore, au micro-ondes par l’une de mes collègues, dans son sachet métallisé, ce qui a été l’occasion d’un joli feu d’artifice dans le four et qui me confirme que j’ai vraiment des collègues givrés). L’acharnement a fini par payer et, certainement lassé de nos gesticulations fatigantes, le rat a trouvé la porte tout seul comme un grand. Un regard dehors m’a permis de le voir tranquillement poursuivre sa route pour s’abriter sous une voiture en quête d’un peu de nourriture et de nouvelles aventures…

Léthargie routinière

Ce n’est guère original, je le sais, mais je n’aime pas les dimanches.

Bien sûr, je suis le premier à savourer le repos dominical (bien mérité) même si je goûte peu les grasses matinées jusqu’à point d’heure (je dois avoir passé l’âge). Bien sûr, le dimanche pourrait être l’occasion de longues balades en bord de mer (la Méditerranée est à trois heures de route, pratique), dans la forêt (pour me faire bouffer par un ours, merci bien) ou à travers champs (je suis victime du rhume des foins d’avril à octobre, tu parles d’un plaisir), d’aller visiter des expositions, d’aller au ciné, de prendre le goûter dans un salon de thé so trendy dont l’addition sera proportionnelle à la charge glycémique ingurgitée…

Mais non. Plus le temps passe, moins j’ai envie de faire quoi que ce soit de mes journées dominicales qui tendent de plus à plus à se résumer à passer le temps sur mon canapé, entre télévision et ordinateur sur les genoux, dans une surconsommation d’images et de textes qui finissent toujours par pousser mes yeux à se fermer doucement.

Je pourrais le déplorer. Je pourrais me forcer à “faire des trucs” comme si le simple fait de faire quelque chose était finalement plus important que la chose elle-même, mais je finis par me dire que cette léthargique routine dominicale m’est nécessaire. Comme une juste pause pour recharger les batteries.

Et tant pis pour la traditionnelle question du lundi matin s’enquérant de l’état du week-end de chacun. J’en connais qui vivent de véritables angoisses à la seule idée de ne rien avoir à raconter au point de tellement surcharger leur agenda qu’ils sont contents de reprendre le travail pour pouvoir se reposer. Pas moi. Moi, j’assume parfaitement d’être une larve de canapé modèle grosse feignasse.