C’était un lundi comme les autres qui ponctuait un week-end aussi banal que les autres. J’avais passé ma soirée du samedi sur un site de rencontre pour garçons qui cherchent d’autres garçons et dont j’ai oublié le nom. Après avoir patiemment épluché les profils, deux avaient suffisamment retenu mon attention pour que j’envoie un message. Je n’aime guère faire le premier pas, mais la vie m’a prouvé que ça me réussissait mieux que d’attendre que l’on vienne vers moi. Le dimanche s’était déroulé sans doute mollement, un peu morose, un peu gris, comme la plupart des autres dimanches de cette période de ma vie.
C’est en arrivant le lundi matin au bureau que j’ai trouvé son message qui disait quelque chose comme “je suis sur Lyon aujourd’hui, on peut se voir si tu veux”. Quelques échanges plus tard, me voilà avec un rendez-vous fixé vers midi place Bellecour. Je ne me fais guère d’illusions. Mon précédent rendez-vous m’a laissé un goût un peu amer et celui-ci devrait être rapidement expédié autour d’un café. Pour moi il n’y a pas d’enjeu.
Je passe la matinée un peu déconnecté de la réalité du monde qui m’entoure, imaginant, comme à chaque fois, ce que pourrait être cette rencontre. Cette phase qui précède la rencontre, celle où l’on imagine tous les possibles est celle que je préfère, avec le recul. Parce que c’est l’esprit qui a la main, pas la réalité. Mes heures de travail seront néanmoins marquées par un événement qui fera date. Ce jour-là, au détour d’une conversation houleuse avec ma directrice de l’époque, le délégué du personnel que j’étais alors l’a poussée dans ses derniers retranchements au point de la faire pleurer. Je n’en ai jamais éprouvé la moindre gloire. Malgré tout, cet instant reste gravé dans ma mémoire.
Midi. Je me dépêche de partir. Le rendez-vous est fixé au pied de la statue de Louis XIV, point de rendez-vous de tous les Lyonnais qui rend le lieu parfois très peuplé. Je suis en avance, comme à mon habitude. Je me souviens vaguement de la photo de son profil, ce qui ne m’empêche pas de le repérer de loin. Passées les salutations d’usage, nous nous dirigeons vers le café le plus proche et nous attablons dans une salle particulièrement bruyante. A vrai dire, le bruit n’est rapidement plus un problème. Nous parlons, parlons, parlons encore, de tout et de rien, de rien d’important surtout, comme si nous nous connaissions depuis des lustres.
Le temps file à toute vitesse et il est déjà l’heure pour moi de retourner au bureau. Nous rejoignons le centre de la place pour nous séparer et au moment où nous nous faisons une bise, j’ai le sentiment profond, intense, prenant que quelque chose est en train de se passer. Je crois voir des nuages violets obscurcir le ciel et déclencher le tonnerre. Mon cœur marque un temps d’arrêt avant de se mettre à battre un peu plus fort. Ce n’est qu’au bout de quelques mètres, alors que j’ai repris ma route, que je pressens que je viens d’être frappé par ce que je croyais être une légende pour midinettes un peu niaises.
Le coup de foudre existe, je l’ai rencontré.
Quelques Plusieurs SMS seront échangés par la suite, plusieurs beaucoup d’heures seront passées sur MSN, des jours interminables se seront écoulés, j’aurais même pris un an de plus avant que l’on ne se revoit le lundi suivant. Pour ne plus jamais se quitter.
C’était le lundi 23 février 2004. C’était il y a huit ans jour pour jour, heure pour heure.







